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UN JOUR PROCHAIN (1/3)

texte imaginaire écrit le 6 Octobre 2008
une demie série sans driver et 2 mois de golf…








Il fait bon ce matin. Le terrain est bien vert maintenant, parfaitement réveillé. Une douce fraicheur dans l’air, un vent très léger me fait gouter des odeurs de bois frais. On est en Mai, je plante mon tee, ma main se relève avec quelques gouttes de rosée.
Je regarde au loin de ce premier trou, un par 5, innocent à première vue. Je ne le connais pas, on ne se connait pas, il n’y a aucun drapeau à l’horizon, la bande herbeuse dévie un peu sur la droite, pas beaucoup, pas très loin. Des arbres jeunes et bas semblent avancer timidement sur le fairway et marquent le virage, devant eux de l’autre coté de cette bande verte et nette, une cuvette longue et étroite épouse l’extérieur du virage, son fond est sablonneux, presque accueillant.

Il veut m’obliger à survoler les arbres c’est ça…

Ces timides unijambistes sont à 150m maximum, c’est faisable, risqué mais faisable, je peux gagner 50m en passant plutôt que de me sécuriser au virage avec un fer5 et ensuite devoir frapper fort vers ce green bien sécurisé comme je le constate sur le carnet de parcours avec ces trois ronds difformes et jaunes qui l’encerclent maladroitement…

Je prends le driver, je relève le premier défi avec un sourire de connivence au maitre des lieux parti depuis longtemps…l’architecte…joli le premier piège, jouer avec mon orgueil, ça marche on dirait. Chiche…

Je prend une visée entre deux cimes qui ressemblent à ces poteaux de rugby que j’ai connu sur mon premier practice l’an dernier, il m’a fallu 6 mois acharnés pour savoir les viser et les passer avec mon bois3 et plus tard avec mon premier driver qui a rejoint mon sac bien après ses collègues de métal tant sa tète de dinosaure artificiel m’inquiétait au début, il ressemblait à une espèce de monstre indomptable, pataud mais vicieux.

Mon regard descend en droite ligne vers mon tee. Comme une habitude innée, je cherche une marque, un défaut sur lequel je resterais bloqué pour mieux placer la face du monstre apprivoisé. Ma main droite se place en douceur, joignant la gauche déjà prête et patiente. Mon talon gauche est aligné avec le tee sur lequel est posé ma balle avec son « IDV » fier et noir inscrit dessus comme un tatouage de rebelle adolescent. Mon bras gauche se raidit doucement mais fermement, je regarde une nouvelle fois en direction de la pénalité à marquer, puis ma tète de club. Mon pied droit est ancré dans le sol, rassurant.

La tête du monstre se recule, sur une ligne droite et invisible, mes yeux ont suivi les premiers cm mais désormais mon regard ne quitte plus la balle. Je sens mes hanches osciller vers la droite, mon bras gauche qui monte tendu et calme, mes poignets se cassent, j’arrive en bout de course tendu prêt à faire repartir tout mon corps dans l’autre sens tel un ressort trop étiré.
La descente commence, doucement au début comme pour se remettre sur des rails entrainés par mes hanches, le brait droit se crispe et se plie vers le bas, le gauche ne peut que suivre et accélère presque malgré lui, le poids de la tête de la bête se fait sentir et tout va très vite maintenant mon regard a capté son arrivée sur la balle mais il l’a déjà traversé, violent et brutal, comme un chauffard fou qui explose un plot de sécurité qu’il n’avait pas vu dans sa course.
Mes bras continuent leur course, entrainant ma tête et mon regard qui retrouve la balle plus loin, propulsée vers son but. Mon mouvement est fini, je suis face à cette course folle dans les airs de ma petite balle qui file vers les hauteurs à toute vitesse.
Le monstre me tourne le dos, lové sur mon épaule…

Elle passe fière et vive au delà des cimes, je gagne le premier défi. Elle est même allée à mon avis plus loin que je ne l’espérais, j’en suis content. Je range la bête assagie et je marche vers la fin de mon premier round.

Le piège était discret, mais là…
après ces arbres derrière le fairway, un autre bunker, plus fin et étroit que l’autre attendait ma balle, la balle des prétentieux, des fougueux qui ne regardent que ce que l’on veut montrer et ne voient pas ce qui est si évident.

Une fois arrivé devant l’accident, ma balle comme une mini formule 1 s’est crashée, a fait une sortie de route…

Je regarde derrière moi avec l’impression d’être observé, là bas sur la butte du départ, un homme en costume de brouillard me sourit sans méchanceté mais ses yeux sont rieurs comme ceux d’un enfant qui vous a fait une bonne blague…

L’architecte me réserve encore bien d’autres surprises…

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