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UN PARCOURS AVEC LE Dr HOUSE…

Parfois, pour jouer au golf, on peut trouver des prétextes plus ou moins valables.
Mais j’avoue que d’aller à faire le Golf International de Grenoble sous couvert d’un rendez vous professionnel, c’était tout de même osé…
J’hésite même à en parler à mon comptable tellement j’ai honte.
Passons donc sous silence cette partie peu glorieuse de mon périple pour aller à l’essentiel, j’ai joué au golf avec le Docteur House !
Comment ça ce n’était pas celui de la télé ?
Bah si, la preuve sa femme s’appelle Cuddie !
Alors, je sais quand même de quoi je parle…
Donc, histoire d’arriver frais et dispo pour faire le parcours qui est juste à 579km de la maison, j’ai fait une petite halte chez « mère » qui vit dans la Drome et qui, à mon arrivée, m’a demandé sournoisement pourquoi j’avais mon sac de golf alors que j’allais travailler.
Je lui ai répondu, sur de moi, que ce n’était pas des clubs de golf mais des stylos nouvelle génération.
Quand je suis parti le lendemain matin, tôt, elle était encore dubitative vu la nouvelle tenue « professionnelle » que j’avais mis pour partir…
Bref…
Rendez vous au golf à 10h, j’arrive à 9h30, Dr House est déjà là, on est deux gars qui, visiblement, n’aimons pas être en retard…
On se salue chaleureusement comme des amis qui ne se sont pas vus depuis 38 ans, je vous laisse imaginer…
Le golf de Bresson est en Isère, on lève la tête et on voit de grands rochers avec du blanc dessus, House, m’explique que ce sont des montagnes avec des stations de ski accrochées dessus, le parisien que je suis boit avec émerveillement ce flot de pédagogie géographique…
Mais bon, nous ne sommes pas là pour nous intéresser aux coutumes neigeuses locales, direction le practice, House, en hôte informé et prévenant, a déjà ramené deux seaux de balles pour l’échauffement.
Lui joue à l’économie, il faut dire qu’il y a quelques mois de cela, il a subi une opération du dos plutôt « contraignante » histoire de faire l’euphémisme du jour, mais la passion du golf reprenant le dessus, le revoilà avec un swing plus doux, moins traumatisant grâce aussi à des clubs tolérants et souples.
Je n’aurai rien su de ce passé de souffrance, j’aurai simplement trouvé qu’il avait trouvé un rythme tonique et compact de fort bonne facture.
Le practice est jonché de repères en tout genre, on joue donc quelques minutes à la pétanque sur les cibles proposées entre 50 et 200m, toute la série de clubs y passe, mon swing tient la route, le sien aussi, en avant !
Montagne implique pente, dévers, montées diversement abruptes, House me conseille de prendre un chariot, j’acquiesce, et à l’heure où j’écris je l’en remercie encore !
Départ jaune, slope 136, SSS 71.7, on va dire que le parcours est challenging pour être poli.
Pour être franc, c’est un superbe parcours de chèvre des montagnes,  perfide à souhait !
Nous voila au départ du 1, 30mn plus tôt que l’heure prévue, mais comme le dit House, « nous avons une fenêtre météo favorable, je conseille d’en profiter. »
Tu m’étonnes…
Le 1 est tout plat, histoire qu’on ne se méfie pas pour la suite, par4, 334m, relax.
Départ au bois3 pour tester la confiance, ça se passe bien, fer7 un peu timide ensuite, approche et deux putts sur ce green tout beau et tout roulant, bogey, ça va.
Bon c’est ma première visite ici, je ne retiendrais donc que le positif, promis, je ne cherche pas la performance, golf tourisme aujourd’hui…
Tu parles…
House, qui redécouvre son swing non traumatisant est comme moi, le golf promenade loisir version Pierre de Coubertin, c’est son truc, je le constate à la tête qu’il fait en ratant son approche, le gars est bouddhiste comme moi, on va bien s’entendre…
Nous voila au 2, un bon gros par5 de 422m en montée dans la seconde partie, un lac devant pour commencer, House mesure le bout du lac, 280m.
Bon on va passer à coté alors…
Bon drive, plein fairway, House y est aussi malgré une forte envie de vérifier avant si sa balle flottait.
Un joli coup de 20° un chouillat trop court se plante dans un des bunkers de green, deux coups pour en sortir, les cuvettes ensablées sont légèrement gorgées d’eau ce qui rend les sorties délicates…
Deux putts à suivre après une petite approche supplémentaire, un double bogey. Pas grave, tourisme, bouddhisme tout ça…
House, les pieds dans le sable par empathie sans doute, m’informe toujours dans un souci pédagogique qui l’honore qu’il y a plus de 150 bunkers sur le parcours.
Génial, encore un golf où le budget gazon a été mal géré…
On se retrouve au 3, un par3 de 119m, pervers en îlot. Fer8 mal contacté qui tombe derrière. Bien fait, je n’avais qu’à pas sous clubber. Je rate le lob, je recommence, je fais deux putts ensuite, encore un double…
Le bouddhisme bat son plein, mais l’ambiance étant à la détente, on a 38 ans de souvenirs à se raconter, les ratés sont donc vite oubliés.
On passe au 4, un par4 plat de 314m, sans grande difficulté, on se force donc à s’en mettre histoire de rendre le trou intéressant, moi à gauche, House à droite, on se salue en espérant se revoir bientôt. On se retrouve après un bogey pour aller au 5, un par 4 de 380m, plat encore.
Parait-il qu’ensuite ça change et qu’il vaudrait mieux que je profite du plaisir de marcher sans peine.
En confiance, je drive un peu après le piquet des 135m sur le fairway, la confiance est au mieux. House mesure la distance au drapeau, 150m, fer7, 2m derrière le mat, 2putts ensuite et voila le premier par.
Voila que je fais en hiver les longueurs de l’été dernier !
Pas évident de m’étalonner si j’augmente après chaque séance de travail stakhanoviste…
Le premier tiers du parcours se termine avec le 6, les choses sérieuses, du moins en pente, commencent.
Par4, 244m, lis-je les yeux sur la carte. Tranquille ça.
Je lève les yeux et le mot tranquille ne fait soudain plus partie de mon vocabulaire.
Fairway en double plateau, drapeau en haut, très en haut, il y a au moins 30m à grimper.
La forêt à droite, quelques uns des 150 bunkers à gauche.
Cool.
Même pas peur, confiance totale, je prends le drive. On voit la balle filer comme un boulet vers le deuxième plateau, passer à ras du fairway et disparaître en direction du green, du moins le suppose t’on pour ne pas dire l’espère-je…
House décide d’aller vers les bunkers, à force de vivre à la montagne, la plage doit lui manquer sans doute.
Nous nous dirigeons donc vers le creux, la balle est cachée à l’intérieur d’une saignée profonde et longue, en fait il y a trois saignées qui partent du même point et s’écartent.
On s’écarte aussi pour observer l’ensemble. On dirait une trace.
J’ai déjà vu ça dans un film…
Oui !
Le monde perdu.
C’est une empreinte de tyrannosaure.
Une seule…
Il y a donc un tyrannosaure unijambiste en Isère qui joue au golf et ne ratisse pas les bunkers.
Nous v’là bien !
On ne s’inquiète pas plus que ça, s’il joue c’est qu’il a la carte verte, il devrait être donc respectueux de l’étiquette…
Mais bon, on ratisse dans les bunkers et on relève ses pitchs tout de même !
Je préviendrais à l’accueil au retour, faut pas abuser non plus.
En plus ils doivent le connaître, un tyrannosaure unijambiste, ça ne passe pas inaperçu quand même.
Bref.
Ma balle est 10m devant le green, ravi je suis, approche 2 putts pour le deuxième par du parcours, direction le 7 !
Le 7 est un par5 de 405m en dog leg droit avec une vue splendide sur les gros cailloux blancs, un régal…
Drive à droite, je m’interroge, choix sage, replacement fer9 puis 60° qui tombe derrière en bordure de green, putt d’approche, je rate le putt de retour, bogey. House, studieux continue son travail de sortie de bunker mais s’en sort très bien ensuite.
On cherche le 8, il est par là, non par là, ah oui par ici.
Un par3 de 126m, ce coup ci je sors le fer9, sur le green, deux putts (c’est moi où je passe mon temps à écrire deux putts ?) un nouveau par, je prends avec plaisir, pareil pour le Doc.
On termine l’aller avec le par5 touristique, second coup avec vue sur la ville de Grenoble, je pose pour la photo et part ensuite trop à droite, un mauvais lob dans le fairway très gras, un second meilleur mais ce sera un bogey. House continue à rechercher le Tyrannosaure à la trace mais il n’est pas passé par ce bunker là…
Le retour commence avec un petit par4 en aveugle de 283m en dog leg prononcé à droite. Départ au 20°, trop long, je dépasse le fairway, satané étalonnage évolutif… House s’est mieux placé, je m’en sors avec le par suite à une bonne approche putt.
En avant pour le 11, le trou de la discorde amicale.
Pendant tout le trajet, House, pensant bien faire me dépeint la dangerosité de ce par3 en descente, du moins semble t’il…
Effectivement, arrivé sur place, 150m qui en paraissent, 130 ou 160m suivant la façon dont on le regarde, ça déroute un peu… entre l’observation inquiète et les mises en garde préalables, je rate totalement par manque de confiance dans le choix du club et du swing…une belle croix bien méritée, House ne s’est pas fait avoir, il finit et je relève, je compte +4, tant pis.
C’est un défaut, peut être, mais je déteste être mis en garde sur les pièges d’un trou, j’ai un besoin absolu de ne pas regarder les pièges mais juste l’endroit où je veux poser la balle. Allez, pas grave, direction le 12, par 4 de 298m en montée. Drive un peu à gauche, PW derrière le green, habituel, deux putts, habituel aussi et un par qui me rassure après la croix ridicule.
En avant pour le 13, par5 en aveugle, en dog leg, en descente, la totale.
Départ moyen, 20° moyen, me voici très en contrebas à 60m du green, le 55° gratte lamentablement, la balle redescend plus bas que son point de départ, grattage de nouveau, je prends le 60°, rien à faire, je n’ai toujours pas compris que je n’étais pas tonique sur les cuisses, un bon gros triple bogey pour finir.
+7 sur deux trous ça agace un peu si jamais on est compétiteur dans l’âme mais comme je l’ai précisé au début, House et moi ne sommes pas de ce bois là, on est des touristes du golf sans objectif déterminé bien entendu, les ratés ne nous font ni chaud…ni chaud…
En avant pour le 14, par 4 de 380m avec drapeau invisible, planqué derrière une colline et sur une butte en plus.
Drive moyen, fer7 raté qui tombe dans la forêt à droite en avant du green, position plus que délicate, je prends le H4 pour un coup « bricolage »,  en golf on dit recovery quand on est bien élevé…
Le recovery sera une balle punchée qui va prendre la pente et rouler sur le green, j’oscille entre chance et réussite, j’opte pour « elle est sur le green, y’a que ça qui compte », cela finit en bogey, je prends en silence, mais je prends quand même.
Un par3 de 143m plat à suivre, ça fait du bien, ça repose ! Je prends le fer8 ce coup ci, un peu topée et rebond favorable sur la gauche du green, plus que favorable même puisque la balle roule gentiment vers le drapeau, passe pas loin et stoppe à 2m. House a plus de classe, superbe coup de fer avec une balle qui sort du club sans bruit, pitche le green, le spin la fait revenir sur le drapeau à moins de 4m. Par pour moi, bogey pour le Doc mais il l’avait annoncé, je fais une révérence respectueuse sur ses qualités visionnaires et anticipatrices.
Le trio final débute avec un par5 de 427m, un drive moyen qui revient sur le fairway grâce à un rebond favorable, 15 ans de billard, j’ai de beaux restes. Il reste encore du chemin mais un peu en descente. Un bon coup de 20° me place à 10m devant le green, approche au 55° qui stoppe à 20cm du drapeau, je rentre le birdie avec une vraie joie d’enfant tout fier, papa House me félicite.
Le 17 est un par4 de 295m étriqué pour le pas dire étroit, la forêt à gauche, la forêt à droite, un petit plateau à 200m pour poser le coup de départ. 20° qui file à gauche, je joue une balle provisoire. House toujours en empathie me rejoint à gauche et envoie son second dans…le bunker de green…je retrouve ma première balle mais j’ai des arbres à passer et un peu de chemin à faire, je prends le fer9 et de nouveau un coup bien exécuté, ma balle tombe sur le green à 3m du mat, je finis sur un par.
House s’approche de sa balle, sa chasse méticuleuse n’aura pas été vaine, on retrouve une nouvelle empreinte du tyrannosaure unijambiste et non ratissant.
La fenêtre météo annoncée se referme au sortir du 17, à l’adresse au 18, nous sommes douchés.
Mais nous finirons tout de même car ce trou est une splendeur.
Un par4 de 399m en dog leg gauche et en descente plus que prononcée.
Depuis le temps qu’on grimpait aussi…
Un lac qui bloque l’envie de couper la route imposée par l’architecte. Mon drive fonce dans la forêt en face, le dénivelé était plus important que prévu. Un coup de wedge pour se replacer, un H4 sous une pluie forte et fraiche qui finit à droite, un wedge pour revenir sur le green, deux putts, un double bogey pour finir.
On se sert la main avec énergie et amitié, sous une pluie battante au sortir d’un parcours qui lui aussi, nous a battu.
On dit que l’on apprend plus sur un homme le temps d’un parcours de golf que pendant 5 ans passés à ses cotés dans un bureau.
J’ai appris à connaître le Dr House pendant ces quelques heures en Isère et la seule chose que je peux dire désormais, c’est que j’ai hâte de refaire un parcours avec un ami combattif et courageux !
Et je ne vous parle même pas de la tarte aux pommes de Cuddie ce serait sadique pour les absents…
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8 Comments

  1. ça me dirait bien de partir à la recherche du tyranosaure carte verte !
    ça a du être sympa comme partie !

    Damien

  2. sympa ce CR Jérôme, ton écriture est agréable à lire et la touche d'ironie n'est pas pour me déplaire,
    tu dépeints des traits de caractère d'un personnage que je ne connais pas assez!!!!! ;;o))
    et je ne retiens qu'une expression que tu as prononcée:"arrêtes de faire des noeuds avec ton cerveau", elle va beaucoup me servir, MERCI!

  3. Je suis sur que tu vas adorer ton périple Thomas 😉
    Merci Pascal, cela me touche beaucoup vu le plaisir que tu as de jouer au golf 🙂

  4. j'adore les ballades sur les golfs en exterieur mais j'aime autant les ballades sur ton blog en interieur
    merci Jerome

    Pascal (GF)

  5. La vache!
    Je sais ce n'est pas super constructif comme commentaire mais c'est le seul truc qui me vient à l'esprit!

    Audrey

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