8

PARIS LEGEND CHAMPIONSHIP 2016

Tout a démarré en lisant la newsletter du Golf National.

« Nous recherchons des caddies pour une compétition au Golf National, le Paris Legend Championship »

legend-championship

Une expérience pédagogique avec des joueurs professionnels, intéressant !

Candidature retenue, soit j’ai eu de la chance, soit personne ne lit les newsletters…

Je reçois plusieurs documents dont un en anglais qui dicte les règles de conduite d’un bon caddie, il y en a même une qui explique en substance qu’il est de bon ton de ne pas éternuer au moment du backswing d’un joueur, je suis assez d’accord avec ça.

Le tournois commencera le 8 septembre avec un Pro Am et ensuite trois jours de compétition sans cut, je suis donc assuré de suivre durant 4 jours un joueur d’expérience sur un parcours redoutablement superbe.

Je reçois mon « affectation » il s’agit de Santiago Luna, joueur espagnol classé 21ème dans l’ordre du mérite sénior, la « Race not to Dubaï » des joueurs de plus de 50 ans du Tour Européen.

14311227_10154798168374311_4931074781513794153_o

J’avais précisé que je parlais anglais et français, je tombe avec un espagnol, on va se débrouiller.

Je regarde les photos du monsieur sur Google image, belle prestance, un peu comme si Paolo Conte s’était mis au golf.

Je cherche sur le site du Tour Européen Senior des informations, 260m de moyenne au drive, ça va donner !

J’ai reçu les horaires de départ du Pro Am, Paolo joue à 12h30, j’arrive vers 9h, on n’est jamais trop prudent. Je cherche le commissariat, je récupère une chasuble verte, ça tombe bien, je n’ai rien qui va avec.

J’ai suivi les instructions, dans mon sac, grande serviette pour nettoyer les clubs, une autre pour au cas où, le sac est rempli de « au cas où » y compris un couteau suisse et des pansements.

Il n’est pas loin de 11h, je suis sous la pendule du golf superbement redoutable, j’aperçois Paolo, je tente un « good morning Sir, My name is Jérôme, I will be your caddie during the compétition »

« Bonjour Jérôme, c’est très gentil ça, tou peux m’attendre ici deux minoutes, je dois faire un trouc »

Santiago « Paolo » Luna parle un français parfait, la journée commence très bien !

Il revient, avec le sac qui sera l’objet de toutes mes attentions, il y a trois serviettes attachées dessus, j’ai bien fait de me charger de « au cas où ».

Direction le practice de l’oiselet, il me parle, me donne ses consignes avec humour et gentillesse, je suis ravi mis à part les 30° en plein soleil, la chasuble qui fait sauna portatif, le sac qui pèse 2 tonnes avec le mien attaché dessus et une légère douleur dans le pied droit avec les chaussures de randonnée neuves que je viens d’acheter pour l’occasion.

14305352_10154791243334311_8642825540096654761_o

Dans le sac il y a un driver Big Berta première génération avec un bois 14°, un driving Iron de 18° (club idéal pour l’Albatros), une série de fers du 3 au PW Callaway âgée avec une tête bien trop fine pour moi et un joli rond d’usure dans le Sweet Spot sur chaque club, deux wedges tout aussi usés 54 et 58°, un long putter (oui les Senior en ont le droit encore) avec des traces de rouille et 5kg de « au cas où » à lui.

Je fais comme j’ai vu durant l’Open de France, je trempe sa serviette dans le seau d’eau et je me lance dans le nettoyage des clubs, la rouille ne part pas mais je frotte quand même ça fait caddie expérimenté.

Pendant ce temps, Santiago envoie des traits qui plantent les mâts éparpillés sur le practice avec une précision impressionnante et des divots toujours après la balle.

Pendant une pause, je lui demande si je peux poser quelques questions préalables, oui bien sûr.

« Vous comptez en yard ou en mètre ? »

En yard bien entendu. Ça tombe bien, mon télémètre est un télémètre et pas un téléyard et je ne sais pas comment changer.

Bon, bah on va faire une réduction commerciale de 10% à chaque fois et puis c’est tout.

Sur le parcours, à part gérer la logistique pour que mon joueur n’ait à se soucier que de jouer, je suis chargé de prendre les distances avec le télémètre (oui c’est autorisé lors de cette compétition) pour valider ses calculs en fonction du Yardage Book et des positions de drapeau du jour.

p1030304

 

Il est 12h30, nous sommes au départ du 10 sur les plots blancs, plots choisis pour la compétition, c’est parfait, je vais pouvoir voir comment il faut jouer d’ici stratégiquement.

Jusqu’au fer6, je l’ai remarqué au practice, Santiago et moi avons les mêmes distances, entendez par là que lui joue de façon relâchée mes meilleurs coups avec les mêmes fers. Au-delà, n’ayant pas sa qualité de swing, sa régularité à l’impact et sa constance dans la compression de balle, nous avons les mêmes distances quand je sors le coup de l’année.

Donc je vais voir comment jouer l’Albatros en sortant à chaque fois mon meilleur coup.

Je vais surtout profiter du Pro Am pour faire mon apprentissage de caddie afin d’être à peu près prêt demain quand je serai au milieu d’une compétition officielle avec deux autres caddies expérimentés et professionnels.

14231422_10154791244059311_729779674149264955_o

Santiago ne rate quasiment aucun fairway, prend presque tous les greens en régulation, fait 4 birdies avec une facilité déconcertante. Si je voulais avoir un œil critique pour me rassurer quant au chemin à parcourir pour arriver à son niveau, je dirais qu’il a une toute petite faiblesse au putting en ratant presque toujours sur la gauche avec un léger pull.

Mais vraiment léger…

Pendant ce temps, j’apprends à marcher au rythme du joueur, à arriver avant lui pour mesurer les distances utiles, à prendre le drapeau sans marcher sur une ligne de putt, à donner le club désiré en nettoyant le club joué tout en marchant, je ne parle pas sauf si il me parle lui-même, je fais comme si le soleil brûlant ne me faisait pas rager d’avoir oublié la crème solaire dans mes 5kg de trucs inutiles, je fais comme si le sac ne pesait rien et que cette saleté de chaussure droite ne me retirait pas un bout de peau à chaque pas.

14242473_10154791243859311_3255012288463206656_o

Histoire de pimenter l’expérience, une attache du sac craque net, le sac était plus vieux que les clubs, je bricole un truc pour que ça tienne mais cela déséquilibre l’ensemble et me rentre un peu plus dans l’épaule.

Cette première journée terminée, Santiago me demande d’être sous la pendule 1h30 avant son départ, il part à 9h15, vu le trafic en île de France le matin, je pense que la nuit sera courte !

Il fait nuit quand je pars, il fait froid ce matin et pas plus de 22° prévu, pantalon clair et polo noir,  j’ai viré 4kg de « au cas où », ajouté des semelles souples dans mes chaussures pour ne pas avoir mal, on verra bien.

Pendule, Santiago, voiturette jusqu’au practice, j’ai pris les positions du jour pour le yardage book, nettoyage du sac, échauffement identique à la veille pour l’ordre des clubs, je sèche des balles pour ses tirs sur tee, petit jeu, sorties de bunker, putting green et direction le départ, 1h30 de practice raisonné, voilà la recette pour être prêt.

Sur le départ, comme pour l’Open de France mais avec moins de spectateurs, le starter annonce les joueurs, Mister Pilato a la voix qui porte bien. Il y a le frigo avec les bouteilles d’eau j’en prends 4 au cas où, on n’est plus à 1kg près.

14207721_10154791244324311_915614943632774996_o

Beaucoup de femmes caddies ! Sur le Senior Tour, on fait ça en couple très souvent avec un chariot, électrique c’est moins fatiguant, d’ailleurs madame épouse est là, elle va suivre son espagnol durant tout le parcours. Je rajoute deux bouteilles pour elle, on ne sait jamais.

Ça doit être bien le chariot électrique…

J’assiste lors de ce premier tour à une démonstration de lucidité. Score total -1, deux birdie et un bogey sur le 6 à cause de 3 putts, le fameux léger pull qui augmente avec la pression mais je ne dois pas lui en parler, surtout pas sur le parcours et pas non plus durant l’entrainement, je n’ai aucune crédibilité et je risque de lui causer un stress bien inutile dans son métier déjà bien assez anxiogène.

15 pars donc, des choix de club logiques vu les distances, je ne cherche pas à anticiper ses choix mais je joue à essayer de trouver lequel il va prendre et je me trompe de moins en moins. Quand je me trompe c’est toujours en ayant parié sur le club de trop. Sur le 8 par exemple, drapeau un peu derrière le bunker, j’imagine le 6, il prendra le 7, ce qui était plus logique compte tenu des conditions mais quand même plus 158m à faire !

Ça passera avec un swing fluide durant lequel je vois bien les éléments du corps s’enchaîner avec facilité, il en résultera une belle compression de balle et une trajectoire parfaite.

Dans ces cas-là je n’hésite pas à gratifier mon joueur d’un « great shot Sir » et j’en oublie de sortir le putter en avance…

14290021_10154791243824311_794378913205383799_o

La seule compression que je gère aujourd’hui est dans les chaussures, j’ai les pieds trop serrés à cause des semelles, je rêve de marcher en tong pendant que je transpire sous le soleil qui n’est pas du tout en-dessous de 22°, avec mon polo noir et ma chasuble étanche, je vis des moments merveilleux quand mon joueur décide d’accélérer le pas pour respecter le temps de jeu.

Pour pimenter le tout, le bricolage fait ce matin pour réparer l’attache du sac a tenu jusqu’au trou n°3…

Détail amusant, sur une épreuve professionnelle telle que celle-ci, afin d’apporter le plus grand confort aux joueurs, il y a des frigos tous les trois trous pour boire et manger, je suis ravi de transporter mes 3 litres d’eau chaude depuis une heure…

Mais la vie est belle, nous sommes samedi, le parcours est magnifique, Santiago a bien joué et j’ai eu droit à deux heures de sommeil en plus.

J’ai rapporté un mousqueton en acier pour remplacer l’attache, j’ai fait changer mes chaussures, je marche dans de doux chaussons à crampons, j’ai repris un short et un polo blanc.

Deux petites bouteilles seulement dans le sac, mon sac allégé au maximum, je ne risque rien, même pas peur !

Entrainement classique, une routine s’est installée, Santiago n’est pas avare de conseils avant et pendant la compétition sur ses choix de clubs, sur la stratégie, sur ma formation accélérée de caddie. C’est bien simple j’ai droit chaque jour à 8h de cours sur le sujet « bien gérer son jeu, sa partie ». J’écoute religieusement, j’observe chaque seconde de son jeu, de ses attitudes.

Et pour le coup le second jour va être très riche en enseignements !

p1030298

+1 sur la journée malheureusement mais quel combat !

Double bogey au 1, balle dans l’eau au second coup, Santiago a fait une « erreur » que nous avons tous déjà faite, un club de plus par sécurité mais le swing est un peu retenu et la balle ne fait pas la distance, plouf…

Il se récupère un peu au 3 avec un birdie superbe mais bogey au 5 et 9, même les pars à l’aller sont parfois difficiles à trouver, c’est une lutte à chaque coup car on le sait tous, l’Albatros ne laisse aucun répit et encore moins dans les moments de faiblesse. Encore moins quand il est préparé en mode compétition internationale !

+3 à l’aller, je commence à me demander si je ne vais pas devoir me lever très tôt dimanche…

Mais Santiago ne lâche rien, j’assiste à une démonstration de courage. Birdie au 10 ! Bogey 12 !

A chaque fois c’est une question de millimètre au bord du trou, de minuscules degrés de trop à gauche ou droite au fer ou au départ, je commence à peine à entrevoir en vivant le parcours avec le joueur ce qu’exige le niveau professionnel. C’est passionnant et effrayant à la fois.

Nous sommes au 14, le méchant par5, départ blanc très blanc, le drive est superbe, je mesure 248 yards au drapeau. Oui j’ai enfin trouvé comment passer en yard mais toujours pas comment revenir en mètre par contre, je vais laisser les yards cela me donnera l’impression de jouer plus loin. Santiago qui est donc +3 est zen, décidé, il prend son bois de parcours et ajuste un draw fantastique, délié, la balle est haute et prend un bout de green à droite. Les caméras de l’European Tour sont là, le putt fait bien 7 ou 8m mais il rentre !!!

Je sors un grand « YES ! » comme un spectateur qui fait sursauter les deux autres caddies à côté de moi mais Santiago me fait un grand sourire, ça va, je ne suis pas viré pour joie excessive.

Le 17 fera son travail de sape en remettant un bogey sur la carte. Au 18, nouvelle démonstration de sang-froid et de maîtrise, bois de parcours, fer9 et un putt de plus de 4m pour un dernier birdie flamboyant devant les caméras, je me contrôle histoire de ne pas être dans le bêtisier du personnel de l’European Tour.

14310407_10154791243484311_6162764408887954871_o

Le Moving Day fut un combat épique, pas trop de places perdues, dimanche est plein d’espoirs.

Dernier jour, je n’ai pas mal aux pieds mais partout ailleurs, presque triste que cela s’arrête aujourd’hui.

Comme chaque matin désormais, Santiago arrive avec un « Bonjour Jérôme, comment ça va ? », l’ambiance de la compétition est absolument adorable, le Senior Tour est une bande de copains à qui on ne la fait plus, ils ont tous vu, tout joué, tout raté et tout réussi, ils ne sont là que pour le plaisir du jeu et de l’enjeu.

Comme chaque matin, Pierre-Antoine Missud qui travaille avec Alexis Sikorsky le grand chef d’orchestre de cette grande première, est présent, attentif et attentionné. J’ai eu l’impression durant ces 4 jours de faire partie de cette famille, même pour une si courte période, pour un peu j’irai taper sur l’épaule de John Daly pour lui dire bonjour mais non, faut pas exagérer…

Allez zou, entrainement et départ en voiturette vers le putting green mais non, stop, Santiago, véritable gentleman des golfs, redescend car il a oublié de saluer et remercier le staff du practice.

Toujours prévenant, je continue à avoir droit à ses petits conseils très utiles. Le golf est comme une recette de cuisine compliquée, beaucoup de petites choses sur lesquelles être attentif pour qu’au final le plat soit réussi.

Nous voici au départ, tout le monde se présente et se salue chaleureusement, il y a des routines bien agréables…

Les tours se suivent et ne se ressemblent pas, un nouveau combat va s’ouvrir, un vent différent, une chaleur tropicale, lourde et humide.

Bonne idée le pantalon aujourd’hui tiens…

p1030305

4 bogeys et 4 birdies, quelques birdies manqués de quelques millimètres, de nombreux pars sauvés de la même manière. Des positions de drapeau dignes du dernier jour de l’Open de France. Santiago, même s’il souffre dans son jeu parfois ne cesse de revenir sur sa joie de rejouer un parcours qui va recevoir la Ryder Cup. Il l’avait connu à l’époque où il était sur le Tour Européen et, comme lui, tous les autres joueurs sont ravis de fouler à nouveau ou pour la première fois les fairways magiques de l’Albatros.

14249915_10154791243659311_5847300022829080826_o

Mais aussi les greens, et surtout les roughs, les bunkers et les obstacles d’eau…

Santiago a terminé sa compétition un peu déçu mais ravi de son séjour, il reviendra l’an prochain. Nous nous quittons non sans qu’il me donne à nouveau quelques conseils et des remerciements sincères. Je suis surtout heureux de ne pas avoir été pour lui un stress de plus et d’avoir réussi à l’aider du mieux possible.

capture-decran-13

Il est 15h, je suis totalement épuisé, j’ai vraiment mal partout ce coup-ci. Je remercie tout le monde de m’avoir offert la chance de faire partie d’une compétition de ce niveau, je ne vais pas aller taper sur l’épaule de John Daly mais j’ose lui demander de signer ma casquette désormais légendaire.

20160911_175849

Il est temps de rentrer, je n’ai qu’une hâte maintenant c’est de vite aller sur un parcours pour mettre en œuvre les conseils du gentleman golfeur associés aux cours de Franck.

Encore un grand merci à Alexis Sikorsky, Pierre-Antoine Missud, toute l’équipe du Golf National et à Monsieur Cirier de la FFG grâce à qui j’ai pu vivre ce rêve plus que réaliste !

14333637_10202215523424799_7883348770449247517_n

Et si vous voulez un caddie l’an prochain, je suis là !

Un énorme merci à Philippe Pinton et Alexis Orloff pour ces magnifiques photos!

 

Un point extrêmement positif pour conclure :

Qu’est-ce qu’il est léger mon sac maintenant !!!!!!!!

 

Commentez avec Facebook

8 Comments

  1. C’est bon ça ! Un beau compte rendu pour une belle expérience. Je vais passer plus souvent lire ton blog. 😉 Bravo !

  2. Bonjour,
    Super récit et très bien écrit. Ca donne vraiment envie de poser sa candidature de caddy pour ce genre d’événement !
    Jouer sans enjeu financiers / sponsors doit permettre à ces seniors de jouer uniquement pour le plaisir du jeu et du coup d’être super sympas !
    En tout cas merci, on s’y croirait !

  3. Bonjour Jérôme,
    J’ai passé un excellent moment à lire votre “aventure” comme caddy.
    Passionnante, émouvante par moment mais surtout très drôle!
    On s’imagine totalement à votre place avec la volonté de bien faire…sans trop en faire.
    Merci pour ce moment…
    François (joueur très, très amateur de l’Anjou)

Ne jamais hésiter à commenter :)